ANNIVERSAIRE ROMANESQUE
«C'est le vingt-trois juin mille neuf cent soixante-quinze et il va être huit heures du soir. Assis devant son puzzle, Bartlebooth vient de mourir. Sur le drap de la table, quelque part dans le ciel crépusculaire du quatre cent trente-neuvième puzzle, le trou noir de la pièce non encore posée dessine la silhouette presque parfaite d'un X. Mais la pièce que le mort tient entre ses doigts a la forme, depuis longtemps prévisible dans son ironie même, d'un W.»
Aujourd'hui, c' est en effet le trente-troisième anniversaire de l'instant I qui contient toute La vie mode d' emploi de Georges Perec, qui s'achève sur ces quatre phrases.
Trente-troisième anniversaire, donc, de la mort de Percival Bartlebooth (mix du Bartleby de Melville et du Barnabooth de Valéry Larbaud), personnage protagoniste d' aquarelliste-voyageur-faiseur-de-puzzles-milliardaire-mysantrope-etc, qui vient à l' instant d' expirer.
C'est le moment précis où, ayant 'retiré' la façade de l'immeuble cis au 11 rue Simon-Crubellier -une rue fictive, mais bel et bien située par Perec dans le 17ème arrondissement de Paris, entre je-ne-sais-plus-quelle rue et j'ai-aussi-oublié l'autre-, on peut voir d'un seul coup d'un seul tous les appartements de l'édifice, avec leurs habitants, leurs meubles, leurs animaux domestiques, leurs décorations...
C'est la seconde exacte durant laquelle se déroule ce 'romans' -tel que l'a sous-titré Perec-, figeant tous les personnages qui peuplent l'édifice dans leurs quotidiennes activités ou, dans le cas de Bartlebooth, leur cessation d'activité.
Un anniversaire fictionnel et romanesque d'autant plus vertigineux si l'on pense aux centaines d' existences ramifiées que renferme cette seconde prodigieuse, donc.
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