jeudi 29 mai 2008

Bouton de Manchette (1)



Je savais Jean-Patrick Manchette écrivain talentueux. Ce n’est rien de le dire, et surtout ça ne sert à rien de le dire. Mais, jusqu’à ce soir – et vous pourrez à voter guise me taxer de fleur bleue, ou d’esprit trop bien tourné, me trouver définitivement tellement XIX° siècle – bref, jusqu’à ce jour, je n’avais pas saisi toute la charge érotique contenue dans son titre : La position du tireur couché. La position du coureur entiché, pardon, du tireur couché, donc, était encore pour moi un livre génial, classé dans les polars quoique moins facile à lire au square que ceux de ses collègues plus commerciaux, un de ces objets non identifiés de la littérature, quelque part entre Dashiell Hammett et Jean Echenoz. Mais depuis ce soir, La position du tireur couché, c’est tout un programme, et Jean-Patrick Manchette n’est plus cet écrivain talentueux. Non, ce soir il est L’HOMME IDÉAL. Ah bon ? Me direz-vous. Et pourquoi ça ? J’entends même mes copines ricaner que jusqu’à présent c’était plutôt George Clooney (en tenant compte du fait que de la liste des possibles j’exclus naturellement mon mari, qui étant là et bien là, ne peut en aucun cas prétendre à l’idéal). Jean-Patrick Manchette l’homme idéal. La faute n’en est pas à mettre sur le compte des quantités ahurissantes de gingembre que j’absorbe quotidiennement depuis que j’ai arrêté de fumer. L’explication est bien plus simple : c’est que je viens juste de voir, dans un article paru sur lui à l’occasion de la publication de son Journal (Gallimard 656 pages, 26 euros, soit un peu moins de 0,03 euros la page) une photo de lui. Une photo. Allez savoir pourquoi, je m’étais toujours imaginé Jean-Patrick Manchette petit, trapu et moustachu (!). Et voilà que je découvre un beau gosse tirant sur son clope, dans un face à face pré coïtum avec une sublime machine à écrire que je fantasme être une Olivetti. Il n’est pas aux prises avec les affres de la page blanche. Point de page du tout. La machine est vide, sorte d’insecte sympathique et bleu, le défiant de sa tentacule tendue. Et il est prêt le Manchette. Ça se voit. Il va en découdre. L’inspiration est là, l’excitation aussi. Loin de l’image convenue de l’intellectuel, il a tout du héros antique allant d’un pas sûr à la bataille. Cela suffit à m’enflammer. J’entends les mauvaises langues me répondre qu’une photo ne suffit pas à juger si un homme EST ou n’EST PAS idéal. Peut-être était-il au quotidien casse bonbon, égocentré et difficile à vivre ? Comme tout le monde quoi. Banal. Certes. M’en fous. Il fume, il tape à la machine, il écrit des romans magnifiques, et en plus, il est beau : IDÉAL. Je vous dis.

?A

Ça a débuté comme ça.

Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'est ?A qui m'a fait parler.

d!